«Le communisme n’enlève à personne le pouvoir de s’approprier des produits sociaux: il n’ôte que le pouvoir d’asservir le travail d’autrui à l’aide de cette appropriation»
- Karl Marx et Friedrich ENgels, in Le Manifeste du Parti communiste, traduit par Laura Marx (Lafargue), Librio intégral, page 46
«Il y a eu des sociétés qui se sont tirées d’affaires sans lui (l’État), qui n’avaient aucune idée de l’État et du pouvoir d’État. À un certain stade de développement économique, qui était nécessairement lié à la division de la société en classes, cette division fit de l’État une nécessité. Nous nous rapprochons maintenant à pas rapides d’un stade de développement de la production dans lequel l’existence de ces classes a non seulement cessé d’être une nécessité, mais devient un obstacle positif à la production. Ces classes tomberont aussi inévitablement qu’elles ont surgit autrefois. L’État tombe inévitablement avec elles. La société, qui réorganisera la production sur la base d’une association libre et égalitaire des producteurs, relèguera toute la machine d’État là où sera dorénavant sa place: au musée des antiquités, à côté du rouet et de la hache de bronze.»
- Friedrich Engels, in L’Origine de la Famille, de la Propriété privée et de l’État, tiré de V. I. Lénine, Oeuvres complètes, L’État et la révolution, tome 25, page 427
Les gens qui s’intéressent le moindrement au progrès politique et social ont lu peut-être mille fois ces écrits des classiques du communisme. Mais combien se sont vraiment arrêtés sur le sens profond de ces thèses?
Il est bien sûr difficile de parler de l’état du monde après l’État. Cette idée apparaît comme un rêve infantile. La première réaction du travailleur, en considérant une telle chose, est de s’en remette au mythe qu’il aura toujours besoin d’un État pour gérer les différents, les abus, les chicanes de toute genre, les conflits petits et grands, etc. On oublie ou on ne sait pas que l’État n’a pas toujours existé et qu’il deviendra aussi obsolète que l’est aujourd’hui la sauvagerie ou la société gentilice. Mais comment?
Je me propose d’expliquer ici ce passage entre la société communiste et la société postcommuniste, i.e. la société autogérée, sans État. Il est important de se pencher aujourd’hui sur cette question parce que le travailleur et la travailleuse sont parfaitement capables de comprendre et d’assimiler les notions essentielles du mouvement historique qui verra infailliblement naître la société sans État engendrée par le communisme.
D’abord qu’est-ce que l’État? Engels explique très clairement ce que n’est pas l’État et ce qu’il est réellement:
«L’État n’est pas un pouvoir imposé du dehors à la société : il n’est pas davantage ‘la réalité de l’idée morale’, ‘l’image et la réalité de la raison’, comme le prétend Hegel. Il est bien plutôt un produit de la société à un stade déteminé de son développement; il est l’aveu que cette société s’empêtre dans une insoluble contradiction avec elle-même, s’étant scindée en oppositions inconciliables qu’elle est impuissante à conjurer. Mais pour que les antagonistes, les classes aux intérêts économiques opposés, ne se consument pas, elles et la société, en une lutte stérile, le besoin s’impose d’un pouvoir qui, placé en apparence au-dessus de la société, doit estomper le conflit, le maintenir dans les limites de l’«ordre»; et ce pouvoir, né de la société, mais qui se place au-dessus d’elle et lui devient de plus en plus étranger, c’est l’État».
Friedrich Engels, in L’Origine de la Famille, de la Propriété privée et de l’État, tiré de V.I. Lénine, Oeuvres complètes, L’État et la révolution, tome 25 pp. 418-419
Plus encore…
«Dès qu’il n’y a plus de classe sociale à tenir dans l’oppression; dès que, avec la domination de classe et la lutte pour l’existence individuelle motivée par l’anarchie antérieure de la production, sont éliminés également les collisions et les excès qui en résultent, il n’y a plus rien à réprimer qui rende nécessaire un pouvoir de répression, un État. Le premier acte dans lequel l’État apparaît réellement comme représentant de toute la société – la prise de possession des moyens de production au nom de la société -, est en même temps son dernier acte propre en tant qu’État»
- Friedrich Engels, in Anti-Dühring, «Monsieur E. Dühring bouleverse la science», tiré de V. I. Lénine, Oeuvres Complètes, L’État et la révolution, tome 25 pp. 428-429
Il faut donc retenir de ces textes que :
L’État est né des contradictions de classes et disparaîtra avec la disparition des contradictions de classes, i.e. avec la disparition de la société de classes.
Depuis son apparition, l’État a toujours été, est, et sera toujours un appareil de répression au service de la classe dominante, i.e. la classe au pouvoir.
L’État est nécessaire à la classe qui domine pour estomper les conflits, réguler l’état des relations sociales et réprimer jusqu’à la force tout tentative d’insubordination contre le pouvoir de la classe dominante.
L’État est donc nécessaire aussi à la classe ouvrière au pouvoir, la classe dont il protège les intérêts, pour réprimer jusqu’à la force toute tentative d’insubordination contre son pouvoir.
Contrairement aux capitaliste qui ont besoin d’exploiter les ouvriers pour s’emparer du capital qui, comme Marx l’explique dans le Manifeste du Parti communiste, est «une puissance sociale» usurpée aux travailleurs à des fins «personnelles», les ouvriers ont ceci de particulier qu’ils constituent la classe la plus avancée de l’humanité et n’ont nul besoin ni ne peuvent exploiter quiconque pour sauvegarder leurs intérêts. L’État ouvrier aura donc pour tâche de détruire tout l’ancien ordre capitaliste, le réduire en cendres, et prendre les mesures qui s’imposent pour transférer à la population toute la gestion de production et de distribution, sous contrôle ouvrier, et dans les meilleures conditions possibles.
Lorsque tout danger de retour en arrière, de contre-révolution, est définitivement écarté, l’État ouvrier, ayant transférer tous les moyens de production et de distribution à la société, il n’y a donc plus de classe à opprimer ou réprimer, l’État devient superflue et s’éteint.
Cette magnifique théorie n’est pas qu’une simple vision de l’esprit, elle prend racine dans le mouvement historique de la lutte des classes et émane de l’expérience et de l’étude scientifique de ces luttes qui ont si radicalement transformé la société humaine depuis sa première division en classes de citoyens libres et esclaves des temps anciens, jusqu’à l’époque actuelle des impérialistes et des salariés, à l’échelle planétaire.
Lorsque qu’à la suite de révolutions planétaires concertées et victorieuses, la société perdra son caractère de classe, il tombe parfaitement sous le sens que le gouvernement des personnes fasse place à une société de personnes libres et associées dans l’administration des choses. Tout système de répression devenu obsolète, tout appareil de répression devenu inutile, l’État, étant justement, et rien d’autre qu’un appareil de répression, disparaîtra comme la flamme après avoir consumer toute la chandelle.
Poursuivons maintenant sur cette thèse d’Engels :
“L’intervention d’un pouvoir d’État dans les rapports sociaux devient superflue dans un domaine après l’autre, et entre alors naturellement en sommeil. Le gouvernement des personnes fait place à l’administration des choses, à la direction des opérations de production. L’État n’est pas “aboli”, il s’éteint”
- Friedrich Engels, in Anti-Dühring, «Monsieur E. Dühring bouleverse la science», tiré de V. I. Lénine, Oeuvres Complètes, L’État et la révolution, tome 25 pp. 428-429
On ne parle pas beaucoup de ces choses avec les travailleurs. Et quand on en parle, on le fait comme s’il s’agissait d’une époque lointaine, vague et peu importante qu’on ne vivra pas de toute façon et sur laquelle il n’est nullement nécessaire d’élaborer. Et pourtant, il s’agit bien là du motif premier, du but premier du révolutionnaire, du communiste. Le but ultime du communiste, non pas les buts immédiats, mais le but ultime, est véritablement la liberté la plus complète de l’individu, associé aux autres individus de la société, où chacun contribuera selon ses capacités individuelles et recevra selon ses besoins individuels.
Il peut parraître difficile pour les travailleurs aujourd’hui, qui ont été éduqués sous le joug d’un État et avec l’habitude d’être gouverner, de concevoir une société où il n’y a pas d’État et pas de gouvernement. De concevoir une association, complexe et fonctionnelle, de personnes libres dont le bien-être de chacun, l’essor culturel de chacun, l’éducation scientifique de chacun, etc., est la condition essentielle du bien-être, de l’essor culturel et de l’éducation scientifique de tous. Bien sûr que ces gens du futur, auront une mentalité complètement différente de celle qui prévaut aujourd’hui et nous accable individuellement et socialement. Imaginez un instant que chaque individu de la société se préoccupe du bien-être de l’autre, du voisin comme de celui qui habite de l’autre côté du Globe. Croyez-vous que l’individu vivant dans une telle société aurait à se préoccuper de son propre bien-être ? Sûrement pas n’est-ce pas ?
“Utopie !”, s’empresseront de crier nos détracteurs.
Nous répondrons que, ce que nous concevons comme utopique c’est de croire qu’en l’état actuel des choses, nous saurions sauvegarder les intérêts humains pour les générations futures, d’une vie saine sur une planète saine. Nous répondrons que, ce que nous concevons comme utopique c’est de croire qu’on peut faire mieux avec les mêmes vieilles méthodes capitalistes de gestion des choses.
Nous dirons même qu’il est naïf de croire que des individus éduqués dans l’individualisme bourgeois, séparés des autres individus éduqués de la même façon, par mille écueils de confusion, de méfiance, de peur, de haine et d’apathie, pourront se doter d’une meilleure gestion de leur société humaine sans qu’ils aient d’abord à révolutionner en profondeur et drastiquement l’état actuel des choses pour créer une société nouvelle, un nouvel humain, plus apte à répondre aux exigences de l’humanité toute entière qui frappe à nos portes et nous implore aujourd’hui de prendre les mesures qui s’imposent.
Le révolutionnaire communiste est un être hybride, évidemment éduqué dans la réaction mais équipé de la plus haute connaissance théorique et pratique du monde ainsi que d’une propension à aider, à faire une différence. Il est, comme le disait Che Guevara «au risque de paraître ridicule» à une assemblée du Parti Communiste de Cuba peu après la victoire des forces rebelles, «…mue par un grand sentiment d’amour».
Enfin, exprimons-nous, communistes, notre enthousiasme envers l’être humain, et surtout envers le travailleur et la travailleuse. La plus grande confiance nous habite en pensant à ces millions d’individus qui, par leur position sociale, de classe, sont ceux et celles qui ont pour tâche aujourd’hui même, d’atteindre les objectifs les plus élevés de l’humanité.
Pour terminer, je paraphraserai Karl Marx qui disait un jour que lorqu’apparaît clairement à un être humain la meilleure façon de faire progresser l’humanité, aucun obstacle ne saurait l’arrêté.
Être un communiste c’est adopter une philosophie axée sur l’avenir en agissant fermement sur le présent, c’est penser globalement et agir localement, briser les chaînes qui entravent la marche de l’humanité et envisager l’avenir avec enthousiasme et optimisme.
Claude Vallée